Affaire pénale, faits nouveaux, révision de taxations entrées en force
👉 Plusieurs annĂ©es après avoir Ă©tĂ© taxĂ©, le passĂ© explose Ă la figure du contribuable par l’ouverture d’une procĂ©dure pĂ©nale qui le condamne et prononce une crĂ©ance compensatrice en faveur de l’Etat. Le contribuable demande une rĂ©vision de ses taxations passĂ©es.
👉 Les juges fĂ©dĂ©raux rappellent qu’un fait nouveau est « un fait qui Ă©tait jusqu’Ă prĂ©sent inconnu mais [qui] existait dĂ©jĂ au moment de la dĂ©cision. […] Les faits postĂ©rieurs Ă la dĂ©cision sont donc en principe exclus. S’ils existaient de manière latente dès le dĂ©but, ils peuvent toutefois justifier une rĂ©vision en ce qu’ils rĂ©troagissent au jour oĂą la dĂ©cision a Ă©tĂ© prise et font apparaĂ®tre l’apprĂ©ciation des faits effectuĂ©e Ă cette Ă©poque comme inexacte. » (cons. 4.1.).
👉 Le départ du délai pour demander la révision a-t-il commencé à la notification du jugement condamnant le contribuable en dernière instance, comme le soutiennent les juges cantonaux? La question reste ouverte et nous, sur notre faim.
👉 Les juges fĂ©dĂ©raux laissent la question ouverte, parce qu’ils ont trouvĂ© comment boucler leur jugement : la crĂ©ance compensatrice, « fondĂ©e sur les dommages-intĂ©rĂŞts prononcĂ©s, ne constitue pas, en tant que telle, une sanction visant Ă rĂ©duire un bĂ©nĂ©fice obtenu illicitement. Elle ne prĂ©sente pas de lien objectif de causalitĂ© avec le revenu rĂ©alisĂ© par l’intimĂ© dans l’exercice de son activitĂ© d’avocat et elle a Ă©tĂ© allouĂ©e en lien avec la faute du [contribuable] dans le cadre des infractions pĂ©nales qu’il avait commises. Par ailleurs, les règles en matière de responsabilitĂ© civile, qui ont justifiĂ© la crĂ©ance compensatrice en lien avec les dommages et intĂ©rĂŞts prononcĂ©s, ont pour but de remettre le lĂ©sĂ© dans la situation dans laquelle il se serait trouvĂ© s’il n’avait pas Ă©tĂ© victime du comportement illicite de l’auteur du dommage. L’analogie que fait la cour cantonale avec les sanctions visant Ă rĂ©duire le bĂ©nĂ©fice ne rĂ©siste donc pas Ă l’examen, au vu de la nature des conclusions civiles prises par l'[entreprise lĂ©sĂ©e] dans le procès pĂ©nal. Celles-ci visaient Ă replacer l'[entreprise lĂ©sĂ©e] dans la situation qui aurait Ă©tĂ© la sienne en l’absence d’infractions pĂ©nales commises par le contribuable et non pas Ă rĂ©duire un bĂ©nĂ©fice obtenu illicitement. Par consĂ©quent, la crĂ©ance compensatrice n’est pas une charge justifiĂ©e par l’usage commercial et donc n’est pas fiscalement dĂ©ductible du revenu imposable.
L’arrĂŞt est en français. Il s’agit d’une affaire genevoise. Une publication aux ATF est prĂ©vue.
TF, arrêt 9C_75/2024, du 25 février 2025